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Analyse de passage de "Si c'est un homme" par Yoav Rheims

Chapitre 14 ; « Kraus » :

« ... jusqu'à ce qu'un jour dire "demain" n'ait plus de sens

Dans le langage du camp, « jamais » est dit « Morgen früh » , demain matin.

Chapitre 16 ; « Le dernier » :

« Détruire un homme est difficile, presque autant que le créer : cela n'a été ni aisé ni rapide, mais vous y êtes arrivés, Allemands. Nous voici dociles devant vous, vous n'avez plus rien à craindre de nous : ni les actes de révolte, ni les paroles de défi, ni même un regard qui vous juge. »

On peut sentir par ces quelques mots la souffrance d'un homme brisé au point de ne plus avoir la force de se révolter.

Chapitre 17 ; « Histoire de dix jours » :

« La dernière trace de civilisation avait disparu autour de nous et en nous. L'oeuvre entreprise par les Allemands triomphants avait été portée à terme par les Allemands vaincus : ils avaient bel et bien fait de nous des bêtes. Celui qui tue est un homme, celui qui commet ou subit une injustice est un homme. Mais celui qui se laisse aller au point de partager son lit avec un cadavre, celui-là n'est pas un homme. Celui qui a attendu que son voisin finisse de mourir pour lui prendre un quart de pain, est, même s'il n'est pas fautif, plus éloigné du modèle de l'homme pensant que le plus fruste des Pygmées et le plus abominable des sadiques »

Primo Levi explique ici sa vision de ceux qui peuvent être considérés comme homme ou comme bête. « Si c'est un homme », si celui qui a survécu à ça est un homme, alors les Allemands n'ont pas menés leur « oeuvre » à terme. Mais si les survivants se transforment en bête, alors les Nazis auront gagné.

Mais dans le même chapitre, après que Primo, Arthur et Charles eurent apporté le poêle dans la baraque des Maladies Infectieuses, un jeune franco-polonais de 23 ans fit cette proposition aux autres malades :

« Pourquoi ne pas offrir chacun une tranche de pain aux trois travailleurs ? »

La veille encore, pareil évènement eût été inconcevable. La loi du Lager disait : « mange ton pain, et si tu peux celui de ton voisin » ; elle ignorait la gratitude. C'était bien le signe que le Lager était mort.